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Frustration d’un rêve inachevé

by french_muse88

Le rêve s'était dissipé comme une note de musique suspendue dans l'air tiède du bureau. Johanna gardait les yeux mi-clos, les paupières encore lourdes du souvenir tactile d'Angeline — ses mains, sa bo

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Le rêve s'était dissipé comme une note de musique suspendue dans l'air tiède du bureau. Johanna gardait les yeux mi-clos, les paupières encore lourdes du souvenir tactile d'Angeline — ses mains, sa bouche, cette douceur insistante qui avait traversé la frontière du sommeil pour la laisser haletante au réveil. Elle avait senti les doigts de la blonde glisser le long de ses hanches, monter vers ses côtes, effleurer la cicatrice sur son abdomen avec une délicatesse qui l'avait fait gémir. Et puis elle s'était réveillée. Avant le moment où tout basculait. Avant l'onde. Avant le cri.

Elle poussa un soupir contrarié et s'adossa contre le dossier de son fauteuil en cuir, celui que Kars avait fait restaurer pour elle l'année dernière. Les dossiers s'empilaient sur le coin du bureau, une tasse de café froid trônait près de la lampe à abat-jour vert, et la pluie tambourinait aux fenêtres avec une régularité hypnotique. Personne ne viendrait la déranger à cette heure. Tout le monde était parti. Elle avait vérifié.

Ses chevilles trouvèrent le bord du bureau, ses talons s'y posant de chaque côté d'un dossier ouvert. Ses jambes s'écartèrent naturellement, la jupe noire à taille haute remontant sur ses cuisses. Elle portait ce chemisier à col Claudine qu'elle aimait tant, un détail rétro qui la faisait sentir sortie d'un film de Sautet. Sous la jupe, une culotte en dentelle noire, déjà humide. Le rêve avait laissé des traces physiques qu'elle ne pouvait pas ignorer.

Ses doigts descendirent lentement, effleurant la couture de la jupe, puis la peau nue de l'intérieur de la cuisse. Elle ferma les yeux. Dans sa mémoire, Angeline souriait. Angeline penchait la tête. Angeline murmurait quelque chose qu'elle n'arrivait pas à entendre distinctement. Les doigts de Johanna atteignirent la dentelle, pressèrent doucement à travers le tissu, et un frisson la parcourut.

L'odeur de jasmin et de réglisse flottait dans l'air du bureau, mêlée à celle des vieux livres rangés sur les étagères. Johanna appuya plus fermement, traçant des cercles lents à travers la culotte trempée. Sa tête bascula en arrière, sa frange noire tombant sur ses sourcils. Les cicatrices sur son cou, visibles dans l'encolure du chemisier, se tendirent avec le mouvement. Elle ne pensait plus à rien, sinon à la bouche absente d'Angeline, à cette langue qu'elle n'avait jamais sentie mais que son esprit avait inventée avec une précision troublante.

Ses hanches ondulaient par petites contractions involontaires. Le tissu trempé glissait contre sa chair, créant un frottement à la fois doux et insoutenable. Elle glissa un doigt sous l'élastique, touchant enfin la peau brûlante, et un soupir rauque lui échappa.

« Tu as besoin d'aide, Jo ? »

Le sang de Johanna se glaça. Puis brûla. Puis les deux en même temps.

Angeline se tenait dans l'encadrement de la porte, une épaule appuyée contre le bois, les bras croisés sous sa poitrine. Sa veste blanche était ouverte sur un top noir, ses cheveux blonds tombaient en cascade sur ses épaules, et son sourire — ce sourire — était à mi-chemin entre la moquerie et la faim pure.

« Oh Angeline ! Pardon ! »

Johanna retira ses chevilles du bureau d'un coup, se redressant brusquement, les joues en feu. Mais Angeline referma la porte derrière elle. La clé tourna dans la serrure avec un cliquetis précis, presque rituel.

« Chut... c'était beau. »

La blonde s'approcha. Ses talons claquaient doucement contre le parquet. Chaque pas était mesuré, délibéré, comme une promesse en mouvement. Elle contourna le bureau, passa derrière le fauteuil de Johanna, et posa ses mains sur les accoudoirs. Les doigts d'Angeline effleurèrent les cheveux noirs de Johanna, remontant jusqu'à cette frange emblématique.

« Je parie que tu es délicieuse aussi. Laisse-moi te goûter. »

Angeline se pencha. Ses lèvres trouvèrent celles de Johanna, d'abord hésitantes, puis affirmées. La bouche de la blonde était chaude, humide, sa langue traçant le contour de la lèvre inférieure de Johanna avec une lenteur délicate. Le baiser s'approfondit. Les langues se cherchèrent, se trouvèrent, se mêlèrent. Angeline déposa ses mains sur les joues de Johanna, la tenant doucement, comme on tient quelque chose de précieux qu'on s'apprête à dévorer.

Johanna sentit son cœur cogner contre ses côtes. Elle n'avait jamais embrassé une femme de cette manière. Avec Kars, les baisers étaient des conquêtes, des prises, des duels. Avec Angeline, c'était différent. C'était une marée. Quelque chose qui montait et qu'on ne pouvait pas retenir.

« S'il vous plaît, Angeline... j'ai un fiancé. Ce rêve n'était qu'un fantasme... »

Angeline recula légèrement, mais ses doigts restèrent sur le visage de Johanna, traçant la ligne de sa mâchoire, descendant vers la cicatrice sur son cou. Son regard était d'une clarté presque impitoyable.

« Je ne tiens plus depuis le premier jour que je t'ai vue. Cette frange, ces yeux qui changent de couleur, cette façon que tu as de croiser les jambes quand tu réfléchis... » Angeline sourit. « Je veux profiter un peu de ce que Kars connaît avec toi. »

Le nom de Kars fit tressaillir Johanna. Son fiancé. L'homme aux yeux de statue, à la beauté sculpturale, à la mèche blanche qui tombait sur son front comme une cicatrice de lumière. Elle pensa à lui, à ses mains, à la façon dont il la regardait comme si elle était la seule chose visible dans une pièce. Et pourtant, là, maintenant, les doigts d'Angeline descendaient vers le premier bouton de son chemisier.

« Tu peux me dire non, Jo. »

Johanna ne dit rien. Ses yeux, à cet instant, avaient cette teinte dorée qu'ils prenaient quand elle était heureuse. Angeline comprit.

La blonde pivota le fauteuil, faisant tourner Johanna pour qu'elle lui fasse face. Puis elle s'agenouilla. Le parquet grinça légèrement sous ses genoux. Ses mains trouvèrent les genoux de Johanna, les écartant avec une douceur impérieuse. La jupe remonta. La culotte en dentelle noire, trempée, apparut.

« Tu as une belle chatte, » murmura Angeline, et ses doigts tirèrent la dentelle sur le côté, dévoilant la chair rose et luisante.

Johanna ferma les yeux. La bouche d'Angeline se posa sur l'intérieur de sa cuisse, déposant des baisers chauds qui remontaient lentement. Puis la langue trouva son but. Le premier contact fut électrique. Angeline lécha d'un trait long et gourmand, de bas en haut, comme si elle dégustait quelque chose dont elle avait rêvé pendant des semaines.

« Han... » La voix de Johanna s’étrangla, rauque et brisée. « Votre bouche… c’est comme de la soie brûlante, Angeline… si douce que j’en perds le souffle… »

La blonde ne répondit pas. Ses lèvres se refermèrent sur le clitoris de Johanna, aspirant doucement tandis que sa langue traçait des cercles précis. Un doigt glissa à l'entrée, puis entra, lentement. Johanna arquait le dos, ses mains agrippant les accoudoirs du fauteuil. Le plaisir monta d'un coup, comme une vague trop rapide.

Angeline alternait les rythmes avec une maîtrise impressionnante. Des coups de langue larges et plats, puis des petits coups secs sur le clitoris, puis une aspiration délicate. Son doigt bougeait à l'intérieur, courbant vers le haut, cherchant ce point qui faisait gémir Johanna plus fort. Un deuxième doigt s'ajouta. La pénétration devint plus profonde, plus insistante.

« Tu es si étroite... Kars a de la chance, » souffla Angeline entre deux coups de langue, et le fait qu'elle prononce son nom ajouta une couche de trouble à l'excitation de Johanna.

Les doigts de Johanna quittèrent les accoudoirs pour s'enfoncer dans les cheveux blonds d'Angeline. Elle tenait sa tête, la guidant sans le vouloir, pressant ses hanches contre cette bouche qui la dévorait. La sueur perlait sur son front, faisant coller sa frange noire. Son chemisier était ouvert, révélant un soutien-gorge noir en dentelle et la cicatrice sur son abdomen, que les yeux d'Angeline avaient effleurée avec tendresse.

« Je... je vais... »

« Pas encore, » ordonna Angeline en se redressant, les lèvres brillantes, le menton humide. « Je veux sentir contre moi. »

Elle se leva, retira sa veste, son top, son soutien-gorge. Ses seins étaient ronds, fermes, les mamelons rosés et durcis. Elle défit sa jupe, fit glisser sa propre culotte — blanche, simple — et se tint là, nue, dans le bureau de Johanna, éclairée par la lampe verte et les éclairs qui craquaient derrière la vitre.

« Viens, » dit-elle en tirant Johanna par la main.

Elles laissèrent le fauteuil. Angeline s'allongea sur le tapis du bureau, les jambes écartées, et guida Johanna entre elles. La position en ciseaux s'installa naturellement. Leurs sexes se rencontrèrent, humides et chauds, et le premier frottement arracha un soupir commun.

Johanna n'avait jamais senti cela. La douceur d'une peau de femme contre la sienne, cette chaleur mouillée, cette glissance. Angeline bougeait ses hanches en cercles, créant un frottement où leurs clitoris se rencontraient à chaque rotation. Le bruit de leurs chairs humides emplissait le bureau, obscène et beau.

« Regarde-moi, » dit Angeline.

Johanna ouvrit les yeux qu'elle avait fermés sans s'en rendre compte. Les yeux dorés rencontrèrent le regard clair de la blonde. Angeline sourit — un vrai sourire, ouvert, presque tendre — et accéléra le rythme. Leurs corps glissaient l'un contre l'autre, la sueur mêlée aux sécrétions, les cuisses tremblantes.

Johanna sentit l'orgasme monter, différent de ceux que Kars lui offrait. Plus diffus, plus liquide, comme quelque chose qui se répandait plutôt qui n'explosait. Ses hanches bougeaient d'elles-mêmes, suivant le rythme d'Angeline, accélérant.

« Angeline... je vais... je sens que... oh mon Dieu... »

« Laisse-toi aller, Jo. Abandonne-toi complètement. »

Et elle se donna. L'orgasme la traversa comme un courant chaud, faisant trembler ses jambes, cambrant son dos, arrachant un cri qu'elle étouffa dans sa main. Angeline la suivit quelques secondes plus tard, les dents serrées, les ongles plantés dans le tapis, un gémissement grave lui déchirant la gorge.

Elles restèrent immobiles, haletantes, les jambes enlacées, le sexe de l'une encore pressé contre celui de l'autre. La pluie continuait de tomber. La lampe verte oscillait légèrement.

Dans l'encadrement de la porte, une silhouette se détacha.

Kars.

Il était là. Combien de temps ? Personne ne aurait su le dire. Son costume trois pièces était impeccable, sa mèche blanche tombait sur son front, son crucifix pendait à son cou. Ses yeux sombres brillaient d'une lueur que Johanna reconnaissait — celle qu'il avait quand il la regardait soumise, quand il la tenait, quand il murmurait « Mademoiselle » ou « petite peste » contre sa peau.

Il n'avait rien dit. Il n'avait pas bougé. Mais sa présence était aussi tangible qu'une main posée sur une nuque. Angeline, qui avait relevé la tête, le regarda avec un mélange de défiance et de satisfaction. Johanna sentit la honte et l'excitation se mêler en elle, créant un cocktail vertigineux.

Kars entra dans le bureau. Sa démarche était lente, contrôlée, chaque pas mesuré comme s'il avançait dans une allée de cathédrale. Il referma la porte derrière lui — inutilement, puisqu'elle était déjà verrouillée — et s'arrêta au bord du tapis où les deux femmes reposaient encore enchevêtrées.

« Kars... » murmura Johanna, et son prénom dans sa bouche sonnait comme une excuse et une invitation simultanément.

Il ne répondit pas immédiatement. Son regard descendit sur elle — ses cheveux en désordre, son chemisier ouvert, sa culotte tirée sur le côté, ses cuisses encore trempées — puis sur Angeline, nue, satisfaite, qui ne faisait aucun effort pour se couvrir.

« Je vois que Mademoiselle s'est divertie en mon absence, » dit-il enfin, et sa voix grave avait ce grain particulier qu'elle connaissait, celui qui apparaissait quand l'excitation lutait contre le contrôle.

« Je ne voulais pas... » commença Johanna.

« Chut. » Kars leva une main. « Je t'ai vue. »

Le verbe « vue » prit dans sa bouche une dimension considérable. Il avait vu. Il avait regardé. Il avait assisté à la scène entière — les baisers, le cunnilingus, les ciseaux, l'orgasme — et il était resté silencieux. Non pas par indifférence, mais parce que le spectacle l'avait pétrifié de désir. Johanna lut cela dans ses yeux, dans la ligne tendue de sa mâchoire, dans la façon dont ses doigts frémissaient le long de sa cuisse.

Angeline se redressa sur un coude, totalement décomplexée. « Tu m'envies, Kars ? »

Il la regarda. « Je t'envie et je te remercie. Tu as donné à Johanna quelque chose que je ne pouvais pas lui donner moi-même. »

La blonde sourit. « Mais tu peux donner autre chose. »

Kars s'agenouilla près de Johanna. Sa main se posa sur sa joue, effleurant la frange noire, puis descendant vers la cicatrice du cou. Il se pencha et l'embrassa — un baiser long, profond, sa langue retrouvant la sienne avec une familiarité possessive. Johanna goûta sur ses propres lèvres le relent d'Angeline, et cela la fit frémir.

« Mon petit peste, » souffla Kars contre sa bouche, « tu m'as excité au-delà de la raison. Je souhaite participer à ta satisfaction. »

Johanna le regarda, ses yeux dorés croisant son regard sombre et intense. Elle sentit l'odeur de myrrhe qu'il avait toujours dit percevoir sur elle monter entre eux, mêlée au jasmin et à la vanille. Angeline, allongée près d'elles, observait avec un sourire paresseux.

« Alors ne te contente pas de regarder, » dit Johanna en passant ses doigts dans les cheveux de Kars, écartant la mèche blanche de son front.

Il sourit — un demi-sourire, à peine visible, mais qui transformait son visage de statue en quelque chose de dangereusement humain. Ses mains trouvèrent les hanches de Johanna, la soulevant du tapis pour la déposer sur le bureau, parmi les dossiers éparpillés et la tasse de café renversée. Le bois froid contre sa peau nue la fit tressaillir.

Angeline se leva et s'assit sur le bord du bureau, près d'eux, une jambe repliée sous elle. « Je regarde, cette fois, » dit-elle en croisant les bras. Mais ses yeux brillaient d'une façon qui promettait qu'elle ne resterait pas passive bien longtemps.

Kars retira sa veste, la posa sur le fauteuil. Ses mains travaillèrent les boutons de son gilet, puis de sa chemise, révélant son torse aux muscles secs, la ligne des côtes, le crucifix qui pendait entre les pectoraux. Johanna le regarda se dévêtir avec la même fascination que la première fois, dans son bureau à lui, des mois plus tôt. La beauté sculpturale était intacte, mais il y avait quelque chose de nouveau — une faim, une urgence, comme si voir Angeline lui avait appris quelque chose sur sa propre façon de la désirer.

Il se pencha sur elle, déposant des baisers sur son ventre, contournant la cicatrice avec ses lèvres, descendant vers ses hanches. Sa barbe fine raclait doucement la peau, créant un contraste avec la douceur de sa bouche. Johanna gémit et attrapa le bord du bureau.

« Kars, s'il te plaît... »

« Patience, Mademoiselle. »

Angeline, à côté d'eux, laissa échapper un rire doux. « Il est toujours comme ça ? »

« Toujours, » confirma Johanna entre deux soupirs.

La bouche de Kars atteignit le bas de son ventre. Il déposa un baiser sur le mont de Vénus, puis plus bas, là où Angeline avait été quelques minutes plus tôt. Sa langue trouva le clitoris encore sensible, et Johanna tressaillit violemment.

« Tu sens encore sa bouche, » murmura Kars contre elle, et c'était à la fois une observation et une question.

« Oui... »

« C'est bien. »

Il continua, sa langue plus ferme que celle d'Angeline, plus directive, plus exigeante. Là où la blonde avait été exploration et délicatesse, Kars était conquête et précision. Johanna sentit la différence comme on sent le changement de saison — pas meilleur, pas pire, mais autre. Et cette altérité, après ce qu'elle venait de vivre, la transportait.

Angeline se pencha et déposa un baiser sur les lèvres de Johanna. « Il est talentueux, » souffla-t-elle.

« Tu n'as pas idée, » répondit Johanna avant de laisser la langue d'Angeline entrer dans sa bouche.

Le baiser entre les deux femmes pendant que Kars la dévorait créait une symphonie de sensations — les lèvres douces d'Angeline sur les siennes, la langue experte de Kars entre ses jambes, les mains de l'un et de l'autre sur sa peau. Johanna se sentait à la fois centre et instrument, jouée par deux musiciens qui ne se concertaient pas mais se comprenaient.

L'orgasme la traversa comme un éclair — soudain, total, la faisant crier dans la bouche d'Angeline. Ses jambes se refermèrent autour de la tête de Kars, qui ne recula pas, continuant de lécher jusqu'au dernier frémissement.

Quand elle rouvrit les yeux, Kars se redressait, essuyant sa bouche du dos de la main, ses yeux noirs brillant comme du charbon mouillé. Angeline souriait, toujours assise sur le bord du bureau, ses jambes croisées avec une élégance incongrue vu sa nudité totale.

« Eh bien, » dit Angeline en passant une main dans ses cheveux blonds, « je crois que je vais devoir revoir ma méthode de management. »

Kars se redressa, ajustant le crucifix autour de son cou. « Si cette méthode implique de faire jouir ma fiancée sur son bureau de travail, je suggère de l'adopter en réunion hebdomadaire. »

Johanna éclata de rire — un rire nerveux, libérateur, qui faisait trembler ses épaules nues. La pluie avait cessé. Un rayon de lune perçait entre les nuages et entrait par la fenêtre, dessinant des ombres sur les dossiers renversés, le tapis froissé, les vêtements éparpillés.

« Kars, » dit Johanna en tendant la main vers lui, « tu n'es pas venu. »

Il prit sa main et la porta à ses lèvres. « Ce n'était pas le moment. Le moment viendra. Et quand il viendra, petite peste, tu sauras que je suis là. »

Angeline se leva, récupérant sa culotte sur le parquet. « Je vous laisse régler ça entre vous. » Elle enfilait sa jupe d'un geste fluide. « Mais Johanna... »

« Oui ? »

« La prochaine fois que tu rêves de moi, essaie de ne pas te réveiller. » Elle cligna de l'œil. « Ou alors, réveille-toi avec moi. »

Elle sortit du bureau sans se retourner, ses talons claquant dans le couloir désert.

Kars regarda la porte se refermer, puis se tourna vers Johanna. Il la prit dans ses bras, la soulevant du bureau comme si elle ne pesait rien. Elle enfouit son visage dans son cou, respirant son odeur — cuir, encens, et cette chose indéfinissable qui n'appartenait qu'à lui.

« Tu m'as regardée tout ce temps ? » murmura-t-elle.

« Chaque seconde. »

« Et ça ne t'a pas rendu jaloux ? »

Il la posa délicatement sur le fauteuil, s'agenouillant devant elle comme Angeline l'avait fait plus tôt. Ses mains encadraient son visage, ses pouces effleurant les pommettes.

« Jaloux ? Non. Affamé, oui. » Il l'embrassa, lentement, profondément. « Tu es magnifique quand tu te laisses aller, Johanna. Que ce soit avec moi ou avec une autre. Ton plaisir est la plus belle chose que j'aie jamais vue. »

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux — pas de tristesse, mais d'une plénitude qu'elle ne savait pas nommer. Cet homme, cette femme, ce bureau, cette nuit pluvieuse de Louisiane. Tout s'imbriquait comme les pièces d'un puzzle qu'elle n'avait pas conscience d'assembler.

« Kars... »

« Oui ? »

« Je crois que j'ai besoin de toi maintenant. Pas d'Angeline. De toi. »

Il sourit — un vrai sourire, rare, qui transformait son visage de dieu antique en visage d'homme amoureux. « Alors tu m'auras, Mademoiselle. Tu m'auras jusqu'au matin. »

Et dans le bureau baigné de lune et de souvenirs, parmi les dossiers oubliés et le café renversé, il tint parole.